Pourquoi le smiley :-) a-t-il été inventé ? 🙂
Aujourd’hui, ajouter un 🙂, un 😂 ou un 😉 à la fin d’un message semble complètement naturel. Pourtant, avant les emojis, il fallait faire beaucoup plus simple : quelques caractères tapés au clavier et un visage à lire en penchant la tête. Le plus célèbre d’entre eux, :-), possède même une date de naissance précise : le 19 septembre 1982.
Tout commence sur un forum universitaire 💻
Au début des années 1980, chercheurs, étudiants et membres du personnel de l’université Carnegie Mellon, aux États-Unis, utilisent déjà des tableaux de discussion électroniques. Appelés « bulletin boards » ou « bboards », ils ressemblent à des ancêtres très rudimentaires de nos forums : chacun peut y publier un message et répondre aux autres utilisateurs.
On y partage des informations sérieuses, des annonces concernant le campus et des discussions techniques. Mais, comme sur tous les espaces de conversation, les utilisateurs racontent aussi des blagues, lancent des débats absurdes et glissent des remarques sarcastiques. C’est précisément là qu’un problème apparaît : une phrase humoristique ressemble parfois beaucoup à une phrase parfaitement sérieuse.
À l’écrit, il manque le ton de la voix, les expressions du visage et les petits gestes qui signalent qu’une personne plaisante. Lorsqu’un lecteur prend une blague au premier degré, il répond sérieusement, d’autres interviennent, et la conversation peut vite tourner à l’interminable dispute. Internet venait à peine de naître qu’il connaissait déjà les malentendus.
Le 19 septembre 1982, à 11 h 44 ⏰
Les membres du forum commencent alors à chercher un marqueur très simple pour distinguer les messages humoristiques. Plusieurs idées circulent pendant quelques jours. Scott Fahlman, chercheur en informatique à Carnegie Mellon, ne se réveille donc pas soudainement avec l’idée d’un visage au clavier : il participe à une discussion collective sur un problème très concret.
Le 19 septembre 1982, à exactement 11 h 44, il publie une courte proposition. Pour signaler les blagues, il suggère d’utiliser trois caractères : :-). Il précise qu’il faut les lire de côté. Pour les messages qui ne sont pas humoristiques, il propose l’équivalent triste : :-(. Une consigne minuscule venait de créer un nouveau langage.
Pourquoi le tiret ? En penchant la tête vers la gauche, les deux points représentent les yeux, le tiret devient le nez et la parenthèse dessine la bouche. Aujourd’hui, le nez est souvent supprimé et l’on écrit simplement :). Mais la version originale comportait bien ses trois éléments, comme un visage réalisé avec les moyens disponibles sur un clavier.
Une invention trouvée en quelques minutes ⚡
Scott Fahlman n’imagine pas avoir créé quelque chose d’historique. Il expliquera plus tard avoir consacré environ dix minutes à l’idée et à son message. Pour lui, il s’agit surtout d’une solution amusante à un petit problème rencontré par quelques collègues. Il pense que le symbole sera peut-être utilisé de temps en temps, rien de plus.
La communauté l’adopte pourtant presque immédiatement. En quelques jours, :-) et :-( apparaissent dans les conversations informelles de Carnegie Mellon. Leur force tient à leur simplicité : aucune explication compliquée, aucun logiciel spécial et aucune image à télécharger. Trois touches suffisent pour indiquer l’humeur avec laquelle une phrase doit être lue.
Le symbole quitte ensuite le campus. Les chercheurs communiquent avec d’autres universités et laboratoires par l’intermédiaire des réseaux informatiques de l’époque, notamment ARPANET, l’un des précurseurs d’Internet. En circulant d’une communauté à l’autre, le smiley devient une sorte de petite invention virale avant même que l’expression « devenir viral » existe.
Internet invente rapidement toutes les variantes 😉
Une fois le principe compris, les internautes font ce qu’ils feront toujours : ils détournent l’idée dans tous les sens. Le clin d’œil devient ;-), les lunettes peuvent s’écrire 8-) et de nombreux autres visages apparaissent. La ponctuation cesse d’être seulement grammaticale ; elle devient aussi une boîte de pièces détachées pour fabriquer des émotions.
Ces petits visages seront appelés « emoticons », contraction des mots anglais « emotion » et « icon ». En français, on parle d’émoticônes. Le terme décrit bien leur fonctionnement : ce ne sont pas de simples décorations, mais des indications destinées à préciser l’émotion, l’intention ou le degré de sérieux d’un message.
Le succès du :-) révèle surtout un besoin universel. Une même phrase peut sembler sympathique, agressive ou sarcastique selon le visage et la voix de la personne qui la prononce. Sur un écran, ces indices disparaissent. L’émoticône agit alors comme une mini-expression faciale ajoutée au texte, suffisamment claire pour éviter qu’une plaisanterie se transforme en règlement de comptes.
Le message original avait pourtant disparu 📼
Pendant longtemps, Scott Fahlman se souvient approximativement de la période où il a proposé le smiley, mais personne ne possède le message original. À l’époque, l’espace de stockage coûte cher et les anciennes discussions sont régulièrement effacées. Lui-même n’en a pas gardé de copie : pourquoi archiver une suggestion improvisée qui semble sans importance ?
Au début des années 2000, une véritable opération d’archéologie numérique est lancée. Il faut retrouver d’anciennes bandes magnétiques, remettre la main sur du matériel capable de les lire, comprendre des formats devenus obsolètes puis fouiller les données récupérées. La recherche ressemble davantage à l’exploration d’une capsule temporelle qu’à une simple consultation d’archives.
Le message finit par être retrouvé dans une sauvegarde de 1982. Cette découverte permet de confirmer le texte, l’auteur et l’heure exacte : 19 septembre 1982 à 11 h 44. Sans ces bandes conservées pendant près de vingt ans, la naissance du smiley serait restée une anecdote racontée de mémoire, avec tout ce que la mémoire peut modifier.
Du :-) aux emojis que nous utilisons aujourd’hui 📱
Fahlman n’a pas inventé le premier visage typographique de toute l’histoire. Des assemblages de signes ressemblant à des expressions existaient auparavant. Sa contribution est plus précise : il a proposé le smiley latéral :-) comme marqueur systématique de plaisanterie dans une communication électronique. C’est cette utilisation qui en fait un ancêtre direct de nos habitudes numériques.
Une émoticône et un emoji ne sont d’ailleurs pas exactement la même chose. L’émoticône est composée de caractères ordinaires, comme :-) ou ;-). L’emoji est un véritable pictogramme graphique intégré à nos appareils. Leur apparence diffère, mais leur fonction reste proche : transmettre une émotion ou une intention que les mots seuls ne suffisent pas toujours à faire comprendre.
Plus de quarante ans après ce message, le problème n’a pas disparu. Une réponse sans emoji peut paraître froide, une phrase ironique peut être prise au sérieux et un simple 😂 change parfois totalement le sens d’un échange. La prochaine fois que tu ajoutes un sourire pour montrer que tu plaisantes, pense à ces chercheurs qui avaient déjà compris qu’Internet supportait assez mal le second degré. :-)
T'avais la ref ?
Oui
Je connais la vidéo mais j'avais pas le contexte
Non
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